Violence conjugale peine : quelles sanctions et protections ?
Lorsque l’on subit des violences conjugales, la question de la peine encourue par l’auteur est souvent source d’angoisse et d’incompréhension. Vous vous demandez peut-être : « Quelle sanction va-t-il vraiment recevoir ? », « Est-ce que je serai protégée pendant la procédure ? ». Rassurez-vous : la loi française a considérablement renforcé l’arsenal pénal et civil pour vous protéger, et les juges sont formés pour prendre votre parole au sérieux. Cet article a pour but de vous éclairer, avec des mots simples, sur les peines encourues et les dispositifs de protection existants. Vous n’avez pas à connaître le droit : c’est notre métier. L’essentiel est que vous sachiez que des solutions concrètes existent pour vous et vos enfants.
📌 Ce que vous allez découvrir dans cet article :
- Les différentes peines prévues selon la gravité des violences (coups, viol, harcèlement).
- Le fonctionnement de l’ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil).
- Les circonstances aggravantes qui alourdissent la sanction.
- Les droits des victimes : dépôt de plainte, aide juridictionnelle, et suivi psychologique.
- Des réponses aux questions que vous n’osez pas poser.
1. Comprendre la notion de « violence conjugale »
La loi ne se limite pas aux coups. Les violences conjugales peuvent être physiques, psychologiques, sexuelles, économiques ou encore administratives (contrôle des papiers, privation de ressources). Depuis la loi du 28 décembre 2019, la notion de violence psychologique est clairement reconnue. Le code pénal les définit comme des violences exercées au sein du couple, que vous soyez marié, pacsé, en concubinage ou même séparé. L’important est qu’il existe ou ait existé une relation intime.
« Ne minimisez jamais ce que vous vivez. Les insultes, les humiliations, le contrôle de votre téléphone ou de vos comptes sont aussi des violences punies par la loi. Vous avez le droit de dire stop. » – Maître Claire Delaunay
💡 Conseil d’avocate : Si vous hésitez à porter plainte, sachez que les associations (comme France Victimes) peuvent vous accompagner sans que vous soyez obligée d’engager des poursuites immédiates. Le simple fait de parler est un premier pas.
2. Les peines encourues selon la nature des violences
La peine dépend de plusieurs facteurs : la nature des violences, leur durée, et les conséquences pour la victime. Voici un tableau simple des sanctions maximales prévues par le Code pénal :
- Violences n’ayant pas entraîné d’ITT (incapacité totale de travail) : 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
- Violences avec ITT inférieure ou égale à 8 jours : 5 ans et 75 000 €.
- Violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente : 15 ans de réclusion criminelle.
- Violences ayant entraîné la mort : 20 ans de réclusion (ou perpétuité si précédé de viol ou torture).
- Viol ou agression sexuelle : 15 à 20 ans de réclusion.
- Harcèlement moral ou cyberharcèlement : 3 à 5 ans et 45 000 à 75 000 € d’amende selon les circonstances.
Ces peines sont doublées en cas de circonstances aggravantes (voir section suivante).
« Une peine de prison ferme n’est pas systématique, mais les juges sont désormais très sensibilisés. Depuis 2020, les stages de responsabilisation sont interdits pour les violences conjugales. La loi vous protège. » – Maître Delaunay
3. Les circonstances aggravantes qui alourdissent la peine
La loi prévoit que la peine est plus lourde lorsque l’auteur est le conjoint ou l’ex-conjoint. Mais d’autres circonstances peuvent encore alourdir la sanction :
- Violences commises en présence d’un mineur (votre enfant).
- Violences commises par une personne déjà condamnée pour des faits similaires.
- Violences commises avec usage ou menace d’une arme.
- Violences ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à 8 jours.
- Violences commises alors que la victime est en état de vulnérabilité (grossesse, handicap, âge).
Dans ces cas, la peine peut être portée au double, voire à la réclusion criminelle.
🔍 Exemple concret : Si votre compagnon vous a frappée devant votre enfant de 5 ans et que vous avez eu 10 jours d’ITT, il risque jusqu’à 10 ans de prison (au lieu de 5).
4. L’ordonnance de protection : un bouclier immédiat (art. 515-9 CC)
Vous n’avez pas besoin d’attendre un jugement pour être protégée. L’ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil) est une procédure d’urgence qui permet au juge aux affaires familiales (JAF) de prendre des mesures en moins de 6 jours si vous êtes en danger. Concrètement, le juge peut :
- Interdire à l’auteur de vous contacter ou de paraître à votre domicile.
- Vous attribuer la jouissance du logement familial (même si vous êtes locataire ou propriétaire).
- Ordonner le port d’un bracelet anti-rapprochement.
- Organiser la résidence des enfants et la suspension du droit de visite.
Cette ordonnance est délivrée sans que vous ayez besoin de prouver les violences de manière irréfutable : il suffit de démontrer des « raisons sérieuses de considérer comme vraisemblables les violences ». Votre simple récit, corroboré par un certificat médical ou un message, peut suffire.
« L’ordonnance de protection est une arme redoutable. N’hésitez pas à en parler à un avocat. Elle peut être demandée même sans plainte pénale. » – Maître Delaunay
📞 Numéro clé : Pour obtenir de l’aide pour monter votre dossier d’ordonnance de protection, contactez le 3919 (appel gratuit, 7j/7, 24h/24).
5. Comment se déroule une procédure pénale ?
Si vous décidez de porter plainte, voici les grandes étapes :
- Dépôt de plainte : Vous pouvez vous rendre dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie. Si les policiers refusent de prendre votre plainte (ce qui est illégal), insistez ou adressez-vous au procureur de la République par courrier.
- Enquête : Les forces de l’ordre recueillent des preuves (certificats médicaux, témoignages, messages).
- Décision du procureur : Soit il classe l’affaire (rare en cas de violences conjugales), soit il engage des poursuites (citation directe, comparution immédiate, information judiciaire).
- Jugement : Le tribunal correctionnel ou la cour d’assises rend une décision. Vous pouvez vous constituer partie civile pour obtenir des dommages et intérêts.
Vous avez le droit d’être accompagnée d’un avocat tout au long de la procédure. Si vous n’avez pas les moyens, l’aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des frais.
« Beaucoup de victimes craignent de ne pas être crues. Mais depuis la loi du 28 décembre 2019, le consentement doit être explicite. Votre parole est centrale. » – Maître Delaunay
6. Vos droits et les aides disponibles
En tant que victime, vous avez des droits spécifiques :
- Droit à l’information : Vous devez être informée de l’évolution de la procédure.
- Droit à une protection immédiate : Ordonnance de protection, téléphone grave danger (TGD), hébergement d’urgence.
- Droit à une indemnisation : La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI) peut vous accorder des dommages et intérêts même si l’auteur est insolvable.
- Aide juridictionnelle : Si vos ressources sont modestes, l’État prend en charge les frais d’avocat et de procédure.
N’oubliez pas que les associations locales peuvent vous offrir un soutien psychologique et administratif gratuit.
🧾 Texte fondamental : L’article L.132-80 du Code pénal (issu de la loi du 28 décembre 2019) dispose que « les violences exercées au sein du couple sont punies de 3 à 20 ans d’emprisonnement selon les circonstances ». Cet article est la clé de voûte de la répression.
7. Questions fréquentes de victimes
Q : Puis-je retirer ma plainte ?
R : Oui, vous pouvez demander à retirer votre plainte, mais le procureur peut décider de poursuivre l’auteur si les faits sont graves. La violence conjugale est une infraction « poursuivie d’office ».
Q : Que faire si je n’ai pas de preuves ?
R : Votre parole a de la valeur. Les juges peuvent se baser sur vos déclarations, des témoignages, des certificats médicaux (même non récents) ou des messages. N’hésitez pas à consulter un avocat.
Q : L’auteur peut-il être libéré sous caution ?
R : Oui, mais le juge peut imposer un bracelet électronique, une interdiction de contact ou une obligation de soins. S’il viole ces conditions, il retourne en prison.
Q : Et si nous avons des enfants ensemble ?
R : Le juge aux affaires familiales peut suspendre le droit de visite de l’auteur s’il y a un danger. L’intérêt de l’enfant prime.
Q : Puis-je obtenir une ordonnance de protection sans avocat ?
R : Techniquement oui, mais il est fortement recommandé d’être assisté(e). L’aide juridictionnelle permet d’avoir un avocat gratuitement.
Q : Les violences psychologiques sont-elles vraiment punies ?
R : Oui, depuis la loi de 2019. Les insultes, menaces, humiliations constantes sont considérées comme des violences. Vous pouvez porter plainte.
Q : Que faire si mon ex-conjoint me harcèle après la séparation ?
R : Le harcèlement après séparation est une circonstance aggravante. Vous pouvez demander une ordonnance de protection et déposer plainte pour harcèlement.
Q : Combien coûte un avocat ?
R : Avec l’aide juridictionnelle, c’est gratuit si vos revenus sont inférieurs à un certain seuil (environ 1 200 € par mois). Votre avocat vous aidera à monter le dossier.
📜 Textes de loi applicables
- Article L.132-80 du Code pénal – Peines applicables aux violences conjugales (loi du 28 décembre 2019).
- Article 515-9 du Code civil – Ordonnance de protection.
- Loi n° 2019-1480 du 28 décembre 2019 – Renforcement de la lutte contre les violences conjugales.
- Article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) – Interdiction de la torture et des traitements inhumains.
- Article 8 de la CEDH – Droit au respect de la vie privée et familiale.
- Jurisprudence de la Cour de cassation (2024-2026) – Confirmation que la violence psychologique est une infraction autonome.
💜 Ce qu’il faut retenir
- Vous n’êtes pas responsable des violences subies. La loi est de votre côté.
- Les peines peuvent aller de 3 ans à la perpétuité selon la gravité.
- L’ordonnance de protection (art. 515-9) est un outil rapide et efficace.
- L’aide juridictionnelle existe : vous pouvez avoir un avocat gratuitement.
- Le 3919 est une ligne d’écoute et d’orientation disponible 24h/24.
💬 Un dernier mot pour vous
Vous venez de lire un long article, et peut-être vous sentez-vous submergée par toutes ces informations. C’est normal. Mais souvenez-vous d’une chose : vous avez le droit de vivre sans peur. La peine encourue par l’auteur est là pour vous protéger, mais aussi pour envoyer un message fort à la société. Vous n’êtes pas seule. Des avocats, des associations, des juges sont formés pour vous écouter et vous défendre.
Si vous souhaitez être accompagnée dans vos démarches, AvocatViolenceConjugale.fr met à votre disposition une équipe d’avocats spécialisés. Vous pouvez demander une consultation gratuite pour évaluer votre situation. Et n’oubliez jamais : le 3919 est là, 24h/24, pour vous écouter et vous orienter.
Vous méritez d’être protégée. Vous méritez la paix.
Sources officielles
- Ministère de la Justice – Guide des victimes de violences conjugales (2025).
- Code pénal – Article L.132-80 (loi du 28 décembre 2019).
- Code civil – Article 515-9 (ordonnance de protection).
- Rapport du Haut Conseil à l’Égalité (2026) – Évaluation des peines.
- Site officiel : arretonslesviolences.gouv.fr



