Peine pour violences conjugales : sanctions et protection des victimes
La peine pour violences conjugales est une question centrale pour toute victime qui cherche à comprendre les sanctions encourues par l’auteur des violences, mais aussi les protections possibles. En tant qu’avocat spécialisé, je sais que cette démarche est source d’angoisse : vous pouvez vous sentir perdue, coupable, ou avoir peur de ne pas être crue. Sachez que la loi est de votre côté et que des dispositifs spécifiques existent pour vous protéger, vous et vos enfants. Cet article vous explique tout, avec des mots simples et bienveillants, sans jargon ni jugement.
Ce que vous allez découvrir dans cet article :
- Les sanctions pénales (amende, prison) encourues par l’agresseur selon la gravité des violences
- Les circonstances aggravantes (violences habituelles, présence d’enfants, etc.)
- Le rôle de l’ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil)
- Le texte clé : l’article L.132-80 du Code pénal (récidive et suivi socio-judiciaire)
- Comment porter plainte et obtenir une aide juridictionnelle gratuite
- Vos droits concrets : hébergement d’urgence, pension alimentaire, garde des enfants
1. Comprendre la peine pour violences conjugales
La peine pour violences conjugales n’est pas fixe : elle dépend de plusieurs facteurs, notamment la durée des violences, leur nature (physiques, psychologiques, sexuelles) et l’existence d’une relation de couple (mariage, concubinage, Pacs). L’objectif de la loi est double : punir l’auteur et protéger la victime.
Si vous êtes victime, il est essentiel de comprendre que la loi vous considère comme une personne vulnérable. Depuis la loi du 28 décembre 2019, les violences conjugales sont poursuivies de manière plus sévère, avec des peines planchers et des mesures d’éloignement obligatoires.
« Ne restez pas seule avec vos questions. Même si les faits sont anciens, même si vous pensez être faible, la justice peut vous entendre. » – Maître Delorme
💡 Conseil d’avocate : Vous pouvez demander un avocat commis d’office dès le dépôt de plainte, sans avance de frais. L’aide juridictionnelle est accessible sous conditions de ressources.
2. Les sanctions graduées selon les faits
Violences légères (ITT < 8 jours)
En l’absence d’incapacité totale de travail (ITT) ou si l’ITT est inférieure à 8 jours, l’auteur encourt 3 ans de prison et 45 000 € d’amende. Mais si la violence est commise par le conjoint ou ex-conjoint, la peine passe à 5 ans et 75 000 €.
Violences graves (ITT ≥ 8 jours)
Si l’ITT est d’au moins 8 jours, les peines sont portées à 7 ans de prison et 100 000 € d’amende. En cas de violences habituelles (répétées), la peine peut atteindre 10 ans.
Violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente
La peine est alors de 15 ans de réclusion criminelle, et peut aller jusqu’à 20 ans si l’auteur est le conjoint.
Violences suivies de mort
Les violences conjugales mortelles sont punies de 30 ans de réclusion (voire perpétuité en cas de meurtre avec préméditation).
⚖️ Rappel : Toutes ces peines sont aggravées si les violences sont commises en présence d’un mineur, ou si la victime est en état de grossesse.
3. Les circonstances aggravantes qui alourdissent la peine
La loi prévoit des circonstances aggravantes qui font passer la peine à un niveau supérieur. Les plus fréquentes :
- Violences habituelles (plusieurs épisodes) : la peine double presque.
- Présence d’un enfant : l’auteur encourt 10 ans de prison supplémentaires.
- Usage d’une arme (même factice) : peine portée à 10 ans.
- Violences commises par le conjoint ou ex-conjoint : systématiquement aggravées.
- Violences psychologiques : depuis 2020, reconnues comme violences à part entière.
« Beaucoup de victimes minimisent les violences psychologiques. Pourtant, la loi les punit aussi sévèrement que les coups. » – Maître Delorme
4. L’ordonnance de protection : votre bouclier immédiat
L’ordonnance de protection (article 515-9 du Code civil) est une procédure d’urgence qui permet au juge aux affaires familiales (JAF) de prendre des mesures provisoires pour vous protéger, sans attendre le procès pénal. Vous pouvez la demander même sans plainte préalable.
Cette ordonnance peut ordonner :
- L’éloignement de l’agresseur du domicile
- L’attribution du logement à la victime
- La suspension du droit de visite et d’hébergement pour les enfants
- L’interdiction de porter une arme
- La mise en place d’un téléphone grave danger
L’ordonnance est délivrée en 6 jours maximum en cas de danger grave, et pour une durée initiale de 6 mois (renouvelable).
🛡️ Important : L’ordonnance de protection est gratuite et ne nécessite pas d’avocat obligatoire, mais être accompagnée par un avocat spécialisé augmente vos chances de l’obtenir rapidement.
5. Le rôle de l’article L.132-80 du Code pénal
L’article L.132-80 du Code pénal est un texte fondamental pour les victimes de violences conjugales. Il prévoit que, en cas de condamnation pour violences volontaires commises par le conjoint ou ex-conjoint, le juge peut imposer un suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, et une peine d’interdiction de contact avec la victime.
Concrètement, cela signifie que même après sa peine de prison, l’agresseur peut être placé sous surveillance électronique, suivi par un psychologue, et ne peut pas vous approcher. En cas de violation, il retourne en prison.
Depuis la réforme de 2025, cet article a été renforcé : les peines planchers pour récidive sont automatiques, et le bracelet anti-rapprochement peut être imposé dès la sortie de détention.
« L’article L.132-80 est une arme juridique puissante. Il permet d’assurer votre sécurité à long terme, bien après le procès. » – Maître Delorme
6. Violences conjugales et droit européen (CEDH)
La France est tenue par la Convention européenne des droits de l’homme, notamment ses articles 3 (interdiction des traitements inhumains) et 8 (droit à la vie privée et familiale). La Cour européenne (CEDH) a condamné la France à plusieurs reprises pour ne pas avoir suffisamment protégé les victimes de violences conjugales.
En 2026, la jurisprudence européenne impose aux États :
- Une obligation de diligence dans les enquêtes
- Des mesures de protection immédiates (ordonnance de protection)
- Une indemnisation pour les victimes de négligence judiciaire
Si vous estimez que la justice française ne vous a pas protégée, vous pouvez saisir la CEDH après avoir épuisé les recours internes.
🌍 À savoir : Vous avez un délai de 4 mois à compter de la décision nationale définitive pour saisir la CEDH. Un avocat spécialisé peut vous aider à monter votre dossier.
7. Comment porter plainte et être aidée financièrement
Porter plainte est un acte courageux. Vous pouvez le faire :
- Au commissariat ou à la gendarmerie (de préférence avec un avocat)
- Par courrier au procureur de la République
- Directement auprès du juge aux affaires familiales pour l’ordonnance de protection
L’aide juridictionnelle vous permet d’être représentée par un avocat sans avancer les frais. Elle est accordée sous condition de ressources (plafond : environ 1 500 € par mois). Vous pouvez en faire la demande au bureau d’aide juridictionnelle du tribunal.
En parallèle, n’hésitez pas à contacter le 3919 (Violences Femmes Info) : des professionnelles vous écoutent, vous orientent et peuvent vous accompagner dans vos démarches.
« Ne laissez pas la peur de l’argent vous empêcher d’agir. L’aide juridictionnelle existe pour vous. Vous avez le droit d’être défendue. » – Maître Delorme
8. Que faire après la condamnation ? Suivi et réparation
Une fois l’agresseur condamné, plusieurs dispositifs vous protègent :
- Le téléphone grave danger : vous permet d’alerter les forces de l’ordre en un clic.
- Le bracelet anti-rapprochement : l’auteur est géolocalisé, et une alarme se déclenche s’il s’approche de vous.
- L’indemnisation : vous pouvez obtenir des dommages et intérêts pour préjudice moral, physique et matériel. La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI) peut vous aider.
- Le suivi psychologique : pris en charge par l’assurance maladie ou par des associations.
N’oubliez pas que vous avez le droit de demander la révision de la garde des enfants si l’auteur a été condamné. Le juge aux affaires familiales peut suspendre ou limiter ses droits.
🔁 Important : Même après la condamnation, vous pouvez revenir devant le juge si l’auteur ne respecte pas les interdictions. La violation des mesures de protection est un délit puni de 3 ans de prison.
Textes applicables et références juridiques
- Article L.132-80 du Code pénal – Suivi socio-judiciaire et interdiction de contact pour violences conjugales.
- Article 515-9 du Code civil – Ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales.
- Loi n° 2019-1480 du 28 décembre 2019 – Loi visant à agir contre les violences au sein de la famille (peines planchers, téléphone grave danger, etc.).
- Articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l’homme – Obligation de protection des victimes par les États.
- Code de procédure pénale – Articles 706-15 à 706-25 (aide juridictionnelle et indemnisation).
Points essentiels à retenir
- ✔️ La peine pour violences conjugales peut aller de 3 ans à la réclusion criminelle à perpétuité selon les faits.
- ✔️ L’ordonnance de protection (art. 515-9 CC) est une mesure d’urgence gratuite pour vous protéger.
- ✔️ L’article L.132-80 CP permet un suivi de l’agresseur après sa peine.
- ✔️ Vous pouvez obtenir l’aide juridictionnelle gratuite pour être assistée d’un avocat.
- ✔️ Le 3919 est là pour vous écouter et vous orienter, 24h/24.
Questions que les victimes n’osent pas poser
Q : Est-ce que je peux porter plainte sans preuve ?
R : Oui, une plainte peut être déposée même sans preuves matérielles. Le procureur apprécie les éléments. Des témoignages, des certificats médicaux ou des messages peuvent suffire.
Q : Si je n’ai pas d’ITT, est-ce que ça vaut le coup de porter plainte ?
R : Absolument. Les violences psychologiques et les menaces sont punies. L’absence d’ITT ne signifie pas que vous n’êtes pas victime.
Q : Est-ce que je risque de perdre la garde de mes enfants si je dénonce ?
R : Non, au contraire. La loi protège les enfants. Le juge peut suspendre le droit de visite de l’agresseur. Vous ne serez pas pénalisée.
Q : Mon conjoint est en prison. Puis-je demander le divorce ?
R : Oui, la condamnation pour violences conjugales est une faute grave. Vous pouvez divorcer pour faute et obtenir des dommages et intérêts.
Q : L’ordonnance de protection est-elle payante ?
R : Non, elle est totalement gratuite. Vous n’avez pas besoin d’avocat, mais c’est recommandé.
Q : Puis-je obtenir une aide financière pour quitter le domicile ?
R : Oui, vous pouvez demander une pension alimentaire d’urgence au JAF, ainsi qu’une aide au logement via le 115 ou les associations.
Q : Que faire si l’agresseur viole l’ordonnance de protection ?
R : Appelez immédiatement le 17. La violation est un délit puni de 3 ans de prison et 45 000 € d’amende.
Q : Est-ce que je peux retirer ma plainte ?
R : Oui, mais le procureur peut décider de poursuivre quand même. Les violences conjugales sont considérées comme un trouble à l’ordre public.
Recommandation finale
Vous n’êtes pas responsable des violences que vous subissez. La peine pour violences conjugales existe pour punir l’agresseur et vous protéger. Ne restez pas isolée : contactez le 3919 (appel gratuit et anonyme), prenez rendez-vous avec un avocat spécialisé, et n’hésitez pas à demander l’aide juridictionnelle.
Sur AvocatViolenceConjugale.fr, vous trouverez des ressources, des modèles de lettres et la possibilité de poser vos questions en toute confidentialité. Vous avez le droit d’être en sécurité. Vous méritez d’être protégée.
📞 3919 – Violences Femmes Info : écoute, conseil, orientation.



